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Guide · Conseils

Une machine calculée au bord du lacne suffit pas dans la cuvette.

Quinze kilomètres séparent deux mondes thermiques. Voici la règle de dimensionnement qui s'applique chez vous, altitude par altitude, et ce qu'il faut exiger de votre installateur.

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Quinze kilomètres, deux hivers différents

Il existe dans notre région un fait technique que presque personne n'écrit, et qui explique une bonne partie des installations décevantes : entre le bord du lac et le fond du Val-de-Ruz, on ne dimensionne pas une pompe à chaleur de la même manière. Pas un peu différemment. Vraiment pas de la même manière.

Le relief est brutal et court. Neuchâtel est à 437 m, Hauterive à 441 m, Cortaillod à 489 m. Le coteau viticole grimpe entre 517 et 576 m. Puis on passe les gorges du Seyon et on tombe dans la cuvette du Val-de-Ruz, entre 728 et 898 m, avec Les Hauts-Geneveys à 968 m. Environ 400 mètres d'écart entre la rive et le fond de la vallée, sur une quinzaine de kilomètres à vol d'oiseau.

La « température de dimensionnement », expliquée simplement

Quand un installateur calcule la puissance de votre machine, il ne part pas de la température moyenne de l'hiver. Il part d'une température extérieure de dimensionnement : la valeur froide de référence pour laquelle l'installation doit encore tenir. C'est le point de bascule à partir duquel une pompe à chaleur air-eau appelle son appoint électrique.

Selon le cahier technique SIA 2028, tel que relayé par la branche, deux stations climatiques de référence couvrent le canton de Neuchâtel :

  • la station de Neuchâtel, 485 m, à laquelle correspond −5 °C, pour les bâtiments situés en dessous de 800 m ;
  • la station de La Chaux-de-Fonds, 1019 m, à laquelle correspond −10 °C, pour les bâtiments situés au-dessus de 800 m.

À cela s'ajoute une règle de correction : si le bâtiment est plus haut que sa station de référence, on retranche 0,5 °C par tranche de 100 m d'altitude supplémentaire. Si le bâtiment est plus bas que la station, on ne corrige rien.

Une précision d'honnêteté : la source de ces valeurs est un document technique de branche reprenant le cahier technique SIA 2028. Nous l'attribuons comme tel. Les valeurs intermédiaires que nous donnons plus bas sont des calculs issus de la règle de correction, pas des valeurs lues dans un tableau officiel : à prendre comme ordres de grandeur.

Ce que cela donne, adresse par adresse

Appliquons la règle à notre périmètre.

  • Rive et plaine littorale, de 433 à 490 m : −5 °C, sans correction. C'est le cas de Neuchâtel, de Hauterive, de Cornaux, de Cressier, de Colombier, de Cortaillod, de Boudry.
  • Coteau viticole, de 517 à 576 m : environ −5 °C à −5,5 °C. Bôle, Cormondrèche, Peseux, Corcelles.
  • Bas de la cuvette du Val-de-Ruz, de 728 à 790 m : environ −6,5 °C. Dombresson, Savagnier, Boudevilliers, Fontaines, Chézard-Saint-Martin, Villiers, Montmollin.
  • Au-dessus de 800 m : bascule sur la référence de La Chaux-de-Fonds, soit −10 °C, sans correction. Cela concerne les localités de Coffrane (803 m), Cernier (831 m), Les Geneveys-sur-Coffrane (855 m), Fontainemelon (878 m), Le Pâquier (898 m) et Les Hauts-Geneveys (968 m), toutes dans la commune de Val-de-Ruz.

Et voici l'exception qui surprend tout le monde : Enges, à 830 m, bascule elle aussi sur le régime « montagne », alors que cette localité appartient à la commune de Laténa, au bord du lac, et qu'elle se trouve à quelques kilomètres de rives à 434 m. Une machine choisie « comme pour l'Entre-deux-Lacs » y sera sous-dimensionnée.

Dit autrement : une pompe à chaleur correctement dimensionnée à Cortaillod est sous-dimensionnée à Cernier. Cinq degrés d'écart sur la température de dimensionnement, ce n'est pas un détail de calcul : c'est une différence de puissance, de point de bivalence et de comportement pendant les jours les plus froids.

La cuvette : le froid qui s'accumule et ne s'évacue pas

L'altitude n'explique d'ailleurs pas tout. Le Val-de-Ruz est une cuvette fermée, drainée par le seul défilé des gorges du Seyon. L'air froid, plus lourd, s'y accumule la nuit et n'a nulle part où partir. C'est ce qu'on appelle une inversion thermique : le fond de la vallée devient plus froid que les hauteurs qui la dominent. C'est la même mécanique qui met Chaumont au-dessus de la mer de brouillard pendant que la ville reste dedans.

Pour une pompe à chaleur air-eau, cela se traduit très concrètement :

  • les heures les plus froides coïncident avec des situations calmes et humides, qui sont précisément les conditions les plus favorables au givrage de l'évaporateur ;
  • donc des cycles de dégivrage plus fréquents, pendant lesquels la machine consomme sans chauffer ;
  • et une pointe de froid plus longue qu'au bord du lac, où l'inertie du lac raccourcit les épisodes.

Nous décrivons ce phénomène qualitativement, sans le chiffrer : nous n'avons pas trouvé de statistique d'inversion vérifiée pour la vallée, et nous préférons ne rien inventer.

Les conséquences pratiques sur votre projet

Si votre maison est dans la cuvette ou au-dessus de 800 m, cinq points méritent d'être exigés de l'installateur.

  1. Que la température de dimensionnement figure par écrit dans l'offre, avec l'altitude de votre bâtiment. Si l'offre ne mentionne aucune de ces deux valeurs, elle a été calculée sur un gabarit.
  2. Que la puissance soit donnée au bon point de fonctionnement. Une machine annoncée à une certaine puissance à +2 °C n'a pas la même à −10 °C. C'est là que les mauvaises surprises se logent.
  3. Que la gestion du dégivrage soit abordée : hauteur de pose, évacuation des condensats, protection contre la reprise en glace au sol. Une unité posée trop bas dans une vallée humide finit dans un socle de glace.
  4. Que le régime de température du réseau intérieur soit connu. Plus il fait froid dehors, plus le fait de chauffer l'eau à haute température coûte cher. C'est le sujet de notre guide sur les radiateurs compatibles.
  5. Que la solution sol-eau soit au moins évaluée en altitude. Une sonde géothermique ne connaît pas l'hiver : sa source reste stable. Le surcoût du forage se discute autrement quand la référence est −10 °C.

Un mot sur l'appoint électrique, pour dissiper une inquiétude fréquente : il est normal qu'une machine air-eau en appelle un lors des pointes, et cet appoint reste parfaitement licite dans le canton, y compris après l'échéance de 2030. Ce qui n'est pas normal, c'est qu'il tourne des semaines entières parce que la machine a été calibrée pour le bord du lac.

Ce sujet est, à notre connaissance, la principale cause de déception dans la vallée — et il ne se voit pas à l'installation, seulement au premier vrai hiver. Il figure en bonne place dans notre guide des erreurs à éviter, et il conditionne le choix du matériel décrit sur la page pompe à chaleur air-eau.

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